Santé, enseignement et justice signent une carte blanche commune

Des représentants de la santé, de l’enseignement et de la justice dénoncent, dans une carte blanche publiée jeudi dans Le Soir, les conséquences de réformes qui fragilisent selon eux les services rendus à la population. Parmi les signataires figure l’Union belge des Prestataires de Soins (UBPS). Une table ronde réunissant professionnels, citoyens et responsables publics est envisagée le 8 octobre à l’ULB.

Malgré des réalités différentes, les trois secteurs disent partager les mêmes préoccupations : perte d’attractivité des métiers, pénuries, pression croissante sur les conditions de travail et difficultés à répondre aux besoins des citoyens.

Dans la santé, les auteurs redoutent « un accès plus difficile à certains soins », des délais plus longs pour obtenir un rendez-vous ou une prise en charge et la raréfaction de certains professionnels dans certaines régions. Ils craignent également une diminution du temps consacré à chaque patient et une dégradation progressive de la relation de confiance entre soignant et patient.

Ils s’inquiètent en outre de la mise à mal de leur autonomie professionnelle et de leur capacité à pallier les absences et la pénurie de collègues. Ces pressions risquent, selon eux, de compromettre la capacité du système à faire face notamment au vieillissement de la population.

Des conséquences pour les citoyens

Pour les auteurs, le débat dépasse les seules conditions de travail. « Lorsqu’un soignant dispose de moins de temps pour écouter et accompagner son patient, lorsqu’un enseignant doit gérer des classes toujours plus chargées ou lorsqu’un magistrat doit traiter un nombre croissant de dossiers, c’est la qualité du service rendu qui s’en trouve affectée », écrivent-ils.

Ils posent trois questions : « Quelle qualité de soins voulons-nous garantir aux patients ? Quelle qualité d’enseignement souhaitons-nous offrir à nos enfants ? Quelle qualité de justice voulons-nous assurer à chaque justiciable ? »

Dans l’enseignement, ils pointent les difficultés de remplacement des enseignants absents, l’augmentation de la taille des classes, un accompagnement plus limité et un risque accru de décrochage scolaire pour les élèves les plus fragiles.

Dans la justice, ils évoquent l’allongement des procédures, la réduction du temps consacré à l’écoute et à l’information des justiciables et le risque que davantage de citoyens renoncent à faire valoir leurs droits. Ils mettent aussi en garde contre une défiance croissante envers les institutions et « le risque d’une justice plus expéditive et moins éclairée par les faits ».

Une mobilisation commune

Plusieurs actions ont déjà été menées dans les trois secteurs, dont la campagne « Soins en danger », des mobilisations aux abords des écoles et les journées du « 20 mars » dans la Justice.

Les organisations veulent désormais faire entendre une voix commune. Des initiatives sont « en gestation » afin d’ouvrir un dialogue entre citoyens, professionnels de terrain et responsables publics. Une table ronde est d’ores et déjà envisagée le 8 octobre, en soirée, dans les locaux de l’Université libre de Bruxelles (ULB).

« Lorsque ceux qui soignent, ceux qui enseignent et ceux qui rendent la justice alertent d’une même voix sur l’avenir de leur mission, ce n’est pas seulement leur avenir qui est en jeu, c’est celui de notre démocratie, c’est celui de notre pacte social et, au fond, celui de chacun d’entre nous », concluent les auteurs.

La carte blanche est notamment cosignée, pour l’UBPS, par Olivier Otte, Françoise Guiot et François Latouche. Elle réunit également des représentants des infirmiers libéraux, des kinésithérapeutes, de la magistrature et de plusieurs collectifs et syndicats de l’enseignement.

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